Le monde n'est habitable qu'à condition que rien n'y soit respecté.
Georges Bataille

HORS-CADRE

TABLE

Murales 

1-Les illégales
2-Les cosmogonies ou comment on devient peintre officiel des « usagés »
3-La couveuse originelle


Hygiène de la vie quotidienne 

4-Les traces
5-Le petit musée en plein-air
6-L'usine à cartes
7-Sculptures mortes ou vivantes

Murales 


1-Les illégales

Il faut toujours faire ce qu'il ne faut pas faire.
Man Ray

La vénus quantique. Acrylique sur béton, 150 X 202 cm,
 rond-point de Rive, Nyon, Suisse, 2005.

La belle au piano (inachevée). Acrylique sur béton, rond-point de Rive, Nyon,  Suisse, 2005.

Homo festivus. Acrylique sur béton, rond-point de Rive, Nyon,  Suisse, 2005.

Homo servilis. Acrylique sur béton, ruines, Rome, Italie, 2006.

J'ai peints plusieurs de mes fœtus festivus dans des squats, des ruines, des festivals techno, etc., mais rares sont ceux dont il reste une trace.


Carré jaune sur fond beige (en collaboration avec Geneviève Noël). 
Acrylique sur gypse, Montréal 2001.

Tentative d'habiter dans un loft à Montréal.  Expérience à ne jamais renouvelé.

La vénus quantique étude. Feutre sur carton, 2004

La vénus quantique — étude II. Acrylique sur toile, 30 X 19 cm, 2005


La vénus quantique étude II, (détail). Acrylique sur toile, 30 X 19 cm, 2005

Audrey, modèle pour La vénus quantique, 2004.

J'ai réalisé diverses peintures murales au cours de mes voyages. Certaines m'ont valu quelques démêlés avec les autorités helvètes...

La Côte,  19 juillet 2005, Nyon, Suisse.

La Côte, 19 juillet 2005, Nyon, Suisse.

La Côte, 13 août 2004, 
Nyon, Suisse.

2-Les cosmogonies 

ou comment on devient peintre officiel des « usagés »

Lorsqu’on n’a pas eu la chance d’avoir des parents alcooliques, il faut s’intoxiquer toute sa vie pour compenser la lourde hérédité de leurs vertus.
Cioran

La cosmologie des psychonautes. Acrylique sur gyproc et bois, 
1,89 X 2,52 m, Point de repères, Québec, Canada, 2022.

Le vaisseau ne viendra pas. Acrylique sur gyproc et bois,
Point de repères, Québec, Canada, 2024.

Ces dernières années, on peut dire que j’ai acquis, sans conteste, le statut de « peintre officiel des drogués » à Québec. En 2022, l’organisme Point de repères m’engageait pour réaliser une murale dans ses nouveaux locaux. Ce qui allait déboucher sur La cosmologie des psychonautes. En 2024, je récidivais avec Le vaisseau ne viendra pas, sur les murs adjacents.

Le vaisseau ne viendra pas. Acrylique sur gyproc et bois, Point de repères, Québec, Canada, 2024.

Le vaisseau ne viendra pas. Acrylique sur gyproc et bois, Point de repères, Québec, Canada, 2024.


Le vaisseau ne viendra pas. Acrylique sur gyproc et bois, Point de repères, Québec, Canada, 2024.


3-La couveuse originele

Le camé ne veut pas être au chaud, il veut être au frais, au froid, au Grand Gel.  Mais le froid doit l'atteindre à l'intérieur de lui-même [...] pour qu'il puisse s'asseoir tranquillement avec la colonne vertébrale aussi raide qu'un cric hydraulique gelé et son métabolisme au Zèro Absolu...
William Burroughs

L'encyclopédie dépliée (morceaux choisis). Tapisserie sur gyproc et bois, Interzone, Québec, Canada, 2021.

En 2021, j’avais déjà collaboré à la conception du Site de Consommation Supervisée Interzone avec l’architecte et la décoratrice. Envers et contre tous, j’ai réussi à imposer que la salle de consommation soit entièrement peinte en noir. Je cherchais à évoquer le néant pré-mondain, la sombre paix précédant l’être, le gouffre originel, l’utérus protecteur et bienfaisant en lequel tout junkie désire au fond retourner. « Ils sont tous fous de vouloir rentrer là d’où ils sont sortis », comme dit la Molly de James Joyce. Des parties de mon Encyclopédie dépliée ont été numérisées et tapissées sur un des murs. J’ai également conçu le logo avec Sébastien Levesque, après avoir proposé le nom « Interzone » en hommage à l’écrivain William Burroughs.

L'encyclopédie dépliée (morceaux choisis). Tapisserie sur gyproc et bois, Interzone, Québec, Canada, 2021.


L'encyclopédie dépliée (morceaux choisis). Tapisserie sur gyproc et bois, Interzone, Québec, Canada, 2021.

 Hygiène de la vie quotidienne  

    

                      4-Les Traces                   

Si jamais le monde ne te convient pas, change ton regard sur le monde.
   Rainer Maria Rilke 

 Je ne sais plus ce que j'avais en tête à l'époque, mais je laissais des traces un peu partout, sur les bouches d’égout, les dalles de pierre ou les bancs de marbre des villes où je passais. 

Traces : Rambla, acrylique sur fonte, Barcelone, Espagne, 2002.

Traces : Plazza de Mercanti, acrylique sur pierre, Milan, Italie, 2004. 

Traces : Rue de la Môrache, acrylique sur fonte, Nyon, Suisse, 2003.

Traces : Quai de la fraternité,
acrylique sur pierre,  Marseille, France, 2003.

Traces : École des Beaux-Arts, acrylique sur pierre,  Toulon, France, 2003.

Traces : Coop de la Levratte, acrylique sur pierre, Nyon, Suisse, 2003.

Traces : Pharmacie de la Levratte, acrylique sur asphalte, Nyon, Suisse, 2003.

Traces : Placa de Garcia, acrylique sur pierre,   Barcelone, Espagne, 2003.

5-Le petit musée en plein-air

On le sait, le talent érotique est proportionnel à la richesse du langage. Jouer avec les mots, les nuances, est une forme très fine de la jouissance.
Gérard de Courtanze

J'ai rencontré Audrey le premier soir de mon arrivée en Suisse. C'était une robuste fille de fermier, nourri au blé et au lait directement sortie du pie. Moi je crevais la dalle, et je venais tout juste de découvrir Céline. Il me parlait direct dans la tête, aux nerfs comme il dit...


J'avais les mêmes sentiments en regardant les bourgeoises helvètes entrer dans les restaurants, que lui en regardant les riches américaines sortir des cinémas... Certaines nuits, Audrey venait me rejoindre et on dormait ensemble sur le toit de son école.

Le jour on se donnait rendez-vous dans un parc où se dressaient les colonnes en ruines d'un ancien temple romain. En l'attendant, je peignais les pierres, l'abreuvoir, la poubelle, pour ensuite l'inviter à laisser des empreintes avec ses lèvres, son pied ou sa main sur les surfaces peintes.

Esplanade des marronniers, acrylique sur  diverses surfaces, Nyon, Suisse, 2003.

6-L'usine à cartes

Nul n'a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l'enfer.
Antonin Artaud


Toujours à la recherche de nouveaux moyens de subsistance, nous avions entrepris, Geneviève et moi, de fabriquer des petites cartes de Noël que nous irions ensuite vendre dans les rues de Paris et de Barcelone. Nous habitions à l'époque dans un minuscule bateau qui demeurait à quai dans le port de St-Malo. C'est dans ces conditions que nous avons démarré notre usine de fabrication de cartes. On en a fait je ne sais plus combien de centaines : des kétaines, des drôles, des moches, des pornographiques, des petits tableaux abstraits, etc. J'ai bien aimé cet épisode. Le jour on allait flâner dans ma librairie préférée, en revenant on se commandait des crêpes dans un petit kiosque, et la nuit on produisait de la carte en écoutant une vieille radio. 

Toujours à la recherche de nouveaux moyens de subsistance, nous avions entrepris, Geneviève et moi, de fabriquer des petites cartes de Noël. 

Le plan était d'aller ensuite les vendre dans les rues de Paris et de Barcelone. 

Nous habitions à l'époque dans un minuscule bateau qui demeurait à quai dans le port de St-Malo. 

C'est dans ces conditions que nous avons démarré notre usine de fabrication de cartes. 

On en a fait je ne sais plus combien de centaines : des kétaines, des drôles, des moches, des pornographiques, des petits tableaux abstraits, etc. 


J'ai bien aimé cet épisode. 

 Le jour on allait flâner dans ma librairie préférée, en revenant on se commandait des crêpes dans un petit kiosque, et la nuit on produisait de la carte en écoutant une vieille radio.





Moi qui doutais de l'efficacité réelle du projet, je dois admettre que la phase de vente était pas mal plus payante que je ne l’aurais cru. 

 C'est précisément le moment que mes dents ont choisit pour commencer à me faire souffrir.

 J'avais encore un corpsen ce temps-là. J'étais toujours un être sentient.


Mais rien à faire, il a fallu se résoudre à dépenser notre maigre pitance dans une opération dentaire en pays étranger. 

Une méchante somme pour nous à l'époque.

Somme qui poussa l'outrecuidante jusqu'à  correspondre, à l’euro près, à ce que nous avions économisé. 

Il ne restait plus rien.


Acrylique et sang  sur carton
St-Malo, Nogent-sur-Marne, Paris, Barcelone, 2001.

7-Sculptures mortes ou vivantes

Habiter le monde en poète.
Hölderlin

 Comment accumuler des fifrelins en faisant la sieste à Barcelone — statue pseudo morte (préparée par Geneviève Noël). 
Acrylique sur épiderme, textile et carton, Barcelone, Espagne, 2002.

La compétition était rude sur la Rambla à Barcelone. Il y avait une statu vivante tous les dix mètres. Plus les quêteux, les musiciens, les vendeurs à la sauvette... Le chaland était assailli, agressivement sollicité... Je me souviens d'un grand punk qui se mettait à marcher à reculons face à vous, en soufflant péniblement dans une vieille flûte à bec stridente. Excédé, vous finissiez par lui donner une poignée de change juste pour qu'il dégage de votre trajectoire. Un autre, monté sur une estrade, était assis sur un authentique bol de toilette, et mimait la lecture d'un journal aux cabinets. Ou encore un autre, déguisé en aristocrate du XVIIIème siècle, était entièrement recouvert de peinture blanche. Tout comme le piano à queue qu'il apportait carrément sur la Rambla ! Quand vous lâchiez une pièce, il jouait quelques secondes de Mozart, avant de retourner dans son immobile mutisme. Comment rivaliser, alors que tout ce qu'on possède tient dans un sac à dos et que l'on a pas d'endroit où se préparer? 
(Suite à la prochaine page...)

 J'ai trouvé l'idée la plus simple qui soit, tellement qu'elle en devenait originale. J'essuyais mes mains peinturlurées sur mes vieux pantalon depuis des années — je les porte toujours trente ans plus tard  pour peindre —, alors j'ai simplement peins tous ce qui dépassaient : mains, pieds, visage. Ensuite, Geneviève dessinait de faux yeux sur mes paupières fermées. Il ne restait plus qu'à colorier un grand morceau de carton sur lequel j'allais simplement m'étendre, au beau milieu de la Rambla, pour profiter d'une sieste bien mérité. À côté de ma tête, un tube en carton recueillait les dons des passants. 

C'est une expérience sensorielle assez angoissante d'entendre tout ces pas au raz du sol qui s'activent en tous sens autour de soi. D'entendre des bribes de conversations, des rires, des chuintements, des grattages, des bruits non-identifiés, qui s'approchent et s'éloignent, d'être plongé dans le brouhaha d'une grande ville, sans pouvoir, ni bouger, ni ouvrir les yeux. À vrai dire, ça ressemblait plus à un exercice de concentration extrême et de contrôle de soi qu'à une sieste... Des groupes de jeunes filles ne sachant pas si j'étais un mannequin ou un humain me touchaient du doigt, lâchaient des cries stridents, avant de s'éloigner en riant. Certains me pinçaient gentiment, me donnaient des petits coups de pieds, pour voir si j'allais réagir. D'autres se laissaient aller à la pulsion trop humaine de faire du mal au prochain... Mais je n'ai jamais moufté. Geneviève elle, était déjà partie jouer de l'accordéon de son côté.
(Suite à la prochaine page...)

On se retrouvait plus tard au point de rendez-vous, et c'est moi cette fois qui la badigeonnais entièrement de peinture blanche et lui accrochais des ailes pour qu'elle aille faire l'ange, pendant que je partais faire ma routine d'accordéon. Ainsi de suite. On avait une dépendance à nourrir. Moi j'en avais même deux. C'est un travail à temps plein. Il ne faut jamais que l'argent cesse de rentrer, sinon on se retrouve « malade » comme on dit dans les milieux autorisés. C'est-à-dire en manque, incapable de fonctionner. Heureusement, à Barcelone les prix défiaient toute concurrence. C'est d'ailleurs pour cela qu'on y était si souvent, on ne va pas se mentir.

Statue citrouille. (En compagnie de Geneviève Noël).
Citrouille sur tête. Paris, France, 2002.

Une nuit d'Halloween ou on devait être sacrément désespérés...

Y-tu-dans? Le dieu du sevrage. (En collaboration avec Geneviève Noël).
Piranha mort et matériaux divers. Cabo de Gata, Espagne, 2002.

Cette fois-là j'en suis sûr, nous étions plus que désespérés ; au bout de notre vie, en sevrage inopiné sur une plage brûlante de la côte espagnole, après s'être fait arnaqué trois fois de suite par les gitans.

La quatrième dimension. Sculpture sur pierre et acrylique sur objets divers. 
Montréal, 2000.

Je suis encore plus admiratif des sculpteurs de l'Antiquité depuis que j'ai suivi une courte formation en sculpture sur pierre, durant laquelle j'ai réussi à casser mon personnage quatre ou cinq fois, alors que je disposais de tous les instruments électrique moderne. Personnage du reste complètement raté, d'où, sans doute, la compensation par un laborieux décor Dollorama...

La quatrième dimension. Sculpture sur pierre et acrylique sur objets divers. Montréal, 2000.

*Bush/Laden : cible de tir à l'arc amovible. Acrylique sur carton,
Nogent-sur-marne, 2002.

Dans l'ambiance post 11 septembre, alors que les avions fonçaient et refonçaient dans les tours 24 heures sur 24 durant des mois sur les téléviseurs du monde entier — parce que cette fois ce n'était pas des morts africains, musulmans ou asiatiques, mais 2 977 authentiques caucasiens américains. De bons chrétiens blancs : courtiers, analystes financiers, gestionnaires de fonds, comptables ou consultants. Des vraies personnes quoi —, nous apprenions le tir à l'arc avec l'aide de cette cible à l'effigie de Ben Laden, mais aussi celle de Bush et de je ne sais plus qui, figurant sur les autres faces de la boîte.